Diable et Cinéma . 1er site pédagogique sur le diable au cinéma .
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1. INTRO : Pourquoi le diable ?

La figure du diable est née pour donner une explication logique au problème du mal. Et c’est par le biais du christianisme que sa figure s’avère la plus achevée, la plus radicale aussi. Il apparaît, à la lumière de nombreuses études théologiennes sur ce motif millénaire, que c’est par le biais de la religion monothéisme qu’il s’est incarné, là où « la tentation du dualisme manichéen est permanente »(1).

Son origine remonte certainement à la mythologie babylonienne, à l’histoire de Gilgamesh et du grand « adversaire », soit environ 2000 ans avant Jésus Christ.(2) Cette religion, dont le pessimisme très marqué fait porter à l’homme la responsabilité de tous les maux de la terre a considérablement influencé le christianisme. La figure du diable est d’ailleurs omniprésente dans le Nouveau Testament, alors que la tradition juive fait très peu allusion à la toute puissance de la nature diabolique. Le fondement même de la dichotomie « bien/ mal » de cette religion a profondément influencé la mentalité judéo-chrétienne actuelle, et que l’apport grec et romain est beaucoup plus nuancé sur la question (d’ailleurs, il n’existe pas de diable grec). C’est donc sur les fondements même de ce pessimisme que s’est construit l’icône du diable, et avec elle l’archétype (au sens où le définit Jung) qui régit notre culture (c'est-à-dire la culture européenne et beaucoup plus encore, nous le verrons, la culture américaine).

Fruit d’une abondante littérature et iconographie, le diable change de statut à partir de l’époque des Lumières. Alors qu’il avait été érigé pendant des siècles en figure de propagande propre à distiller la peur(3), il devient une figure de contre-culture, un symbole de rébellion et de non-conformisme dans la littérature romantique européenne, en réaction contre les monarchies alliées à l’Eglise. Ce n’est qu’au milieu du XXe siècle, qu’il subit, pour reprendre les propos de Georges Minois « une fausse sortie ». Ne pouvant plus se raccrocher à l’imagerie édifiante, il devient alors embarrassant pour le christianisme car la définition de sa nature le pousse dans une impasse : celle du monde manichéen dans laquelle il a été enfermé par le christianisme. Le diable se réfugie alors dans la psychanalyse, dans la littérature (qu’il n’a jamais quittée en tant que mythe) et dans le cinéma et la télévision, monde virtuel par excellence.

Pourquoi le diable ? Parce que d’une part, les études consacrées à la figure du diable dans le cinéma sont quasi inexistantes. Nous pouvons citer l’œuvre d’Epstein, "le cinéma du diable"', qui établit un parallèle fondamental entre le diable et le cinéma, en tant qu’invention diabolique. Mais l’évolution même de l’iconographie du diable, si elle a intéressée historiens et historiens de l’art, dans son rapport à la politique et au discours théologien a suscité très peu d’engouements de la part des analystes/ critiques du septième art.

Pour quelle raison ? Certainement parce qu’il évoque d’une part une figure surannée et folklorique et par conséquent non noble (rejoignant en cela le désintérêt, voire le mépris dont souffre parfois l’iconographie des films de fantasy, fantastique, gore, au même titre que la littérature dite « blanche » est injustement opposée au polar et à la SF). Certainement aussi parce qu’il se rattache à une tradition archaïque peu fluctuante depuis des siècles. Soit une permanence sommaire- pour ne pas dire primaire- du combat binaire entre le bien et le mal.

Seulement, même si cette permanence est effectivement le fruit d’une réappropriation de formes et de schémas par ailleurs usés, elle subit elle aussi ses phénomènes de mode, ses stagnations et ses rejets, souvent liés à un contexte social et politique, mais aussi à une tradition propre à la culture d'un pays.

CV


(1) Georges Minois, Le diable, Editions PUF, 1998, p 4
(2) La place du diable dans la création du monde est en fait assez complexe. Si les historiens parviennent à situer les premières mentions d’une entité diabolique, rappelons à l’instar de Mircea Eliade qu’on trouve des exemples de dualisme et d’antagonisme chez certaines tribus primitives. (Mircea Eliade, Mephistopheles et l’androgyne, Editions Gallimard, 1962)
(3) Voir à ce propos un des ouvrages de référence sur la question : Jean Delumeau, La peur en Occident (XIV e-XVIII e siècles), Paris, Ed. Fayard, « coll. Pluriel », 1978

 
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